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Macadam

Nous sommes face à un monde de l’immédiateté où le temps réel même est victime d’une affolante accélération. Nous créons de plus en plus de voyages virtuels par le biais d’outils aujourd’hui en nombres croissants et davantage présents. Google Earth, Google Maps, Bing Cartes, Mappy, Géoportail ou encore OpenStreetMap sont de colossales bases de données en vue d’interminables voyages virtuels. Mais que gagnons-nous à y voir ? Créons-nous de véritables sentiers ? De véritables rencontres ? Bien qu’intriguant, le voyage Google Earth par exemple, nous dévoile une image statique, sans réelle interaction possible. Partie intégrante d’une société rigide ancrée dans un système utilitariste, la ville est un espace dans lequel il est assez difficile de s’y perdre face à l’invasion des nouvelles technologies et des nouvelles techniques de navigation : elles ferment les portes à de nombreux chemins, car ils sont tous déjà tracés. Habitants des villes, il conviendrait de détourner nos trajectoires, arpenter la ville par des tours et détours et être à l’affût de toute curieuse banalité de manière à ce que la ville s’agrandisse sous nos yeux. C’est lorsque cette conversion d’esprit s’opère que l’invisible réalité urbaine se révèle; pour s’ouvrir au voyageur qui devient un spectateur contemplatif et solitaire. En tant que graphiste j’ai souhaité faire partager mon sens de la curiosité en proposant un processus généralisable et utilisable dans le but de se déconditionner... Suite à un atelier de cartographie dirigé par Philippe Terrier-Hermann en ayant promu l’errance comme mode d’action, j’ai souhaité expérimenter à nouveau cette expérience pour mon DNSEP dans l’optique de montrer la possibilité d’un regard neuf sur sa ville. Au cours de cet atelier, il s’agissait de réaliser une carte de Dieppe qui serait exposée pendant le Festival Diep 2012. Je ne souhaitais pas m’en tenir à une simple carte. Je voulais découvrir la ville, la ressentir, arpenter ses rues. C’est pourquoi je suis allée à sa découverte en prenant en note tout ce que je faisais et où je le faisais. Mon objectif fut de donner une vision totalement subjective et naïve de Dieppe en choisissant de ne pas utiliser de carte existante. La forme que je lui donnais ressemblait à un «patatoïde» et les lieux où je me rendais venaient la remplir petit à petit. Progressivement je donnais à voir une carte mentale du territoire Dieppois. Toutes mes étapes étaient donc répertoriées par des petites cartes, des croquis et des écrits pour au final aboutir à une plus grande représentation de la ville au centre de mon format. Pour mon DNSEP, étant habitante de Besançon pendant une période de ma vie étudiante, j’ai donc pris conscience qu’il fallait que je m’approprie cet espace de manière à mieux le connaître. Ayant peur d’offrir une vision trop subjective, j’ai choisi de réaliser une exposition dans laquelle il était possible de réaliser son propre guide de Besançon, gardant l’idée que chacun peut être le touriste de sa propre ville. Ce «protoguide» proposait un mode de pensée regroupant des textes d’auteurs divers et variés présentés à la fois comme une hymne à l’errance et une ode au différent. Des expérimentations graphiques réalisées au cours de mes errances étaient présentées comme des réponses possibles à l’interprétation d’un territoire citadin. Ainsi, mon exposition Macadam mettait à l’honneur la révélation d’une réalité urbaine ignorée et dévoilait les curieuses banalités du quotidien : laissez-vous conduire vers l’espace ouvert.

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